Camarade Président

Modérateur : maître charpentier

luc
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Camarade Président

Message par luc » 06 avr. 2020 09:48

Paroles :

Dis-moi quel est ce monde que je ne comprends plus
Si c’est ça mon pays, si la France est perdue
Si Paris sous les bombes a le sourire vermeille
Si je crois les colombes ont pris du plomb dans l’aile
Quand les news du matin ressemblent aux champs de ruines
Quand pour ton pain mon vieux, ouais putain, tu tapines
Quand ils t’ont bien baisé, quand nos gouvernements
Ne sont ici que pour protéger les puissants
Tu la sens, la pilule a le goût du cyanure
Quand même la caresse a le goût des blessures
Quand sont ceux qui tolèrent qui sont plus tolérés
Quand devient une insulte, ouais de parler français
Aux enfants des progrès qui vendent leur histoire
Sur réseaux en photos pour un peu d’illusoire
De tous bords si, je crois, c’est toujours les fascismes
Ici qui font la loi, font leur colonialisme
Quand c’est l’instruit toujours qui combat la censure
Quand la bêtise humaine a la parole c’est sûr
Quand c’est l’art qu’on bâillonne mais qu’on laisse parler
La violence du vulgaire sur des chaines d’enculés
Quand tes réseaux sociaux ne servent qu’aux insultes
Qu’à la pensée châtiée au profit de l’inculte
Quand c’est la pourriture qui devient la culture
Quand c’est dans mon pays l’état d’urgence bien sûr
Quand on attend de ceux-là qui poussent un ballon
De porter le drapeau, de porter la nation
Quand on laisse parler ceux qui savent pas lire
Quand le peuple a besoin d’un iphone pour écrire
Quand la littérature vaut moins que débilat
Quand le goût du cyanure, ouais c’est la fin du mois
Enter peuple lecteur et peuple follower
Si la France a choisi, putain j’ai mal au cœur
Quand sont les travailleurs devenus les parias
Quand l’humain ne sait plus ni pour qui ni pour quoi
Quand le siècle perdu n’offre que des combats
Puis quand la bête humaine parle de Dieu je crois
Dis merci à ton maître et plie toujours l’échine
Au culte du paraître, à la mort des usines
A ces préfabriqués qui brûlent les collines
De l’espoir qui s’éteint, du populaire qui chine
Suicide humanitaire, suicide humanité
Sur les trottoirs toujours les peuples d’échoués
Et nos gueules de sans dents et nos gueules d’épilés
Du cerveau des bestiaux, c’est la loi des marchés
Camarade président des tentes pour sans-abris
Des actionnaires du monde, des cimetières à crédit
Camarade président de la finance ordure
Des usines fermées, sûr pour des pourritures
Camarade président des tours de la misère
Dis t’as vu les loyers de la France populaire
Camarade président du pétrole à la pompe
Des comptes à l’étranger, des actions qui montent
Camarade président des gamins fusillés
Camarade président des milices à Calais
Camarade président du peuple fatigué
Camarade président de se faire enculer
Camarade président du peuple de sans dents
A la solde du medef, des kapos, des p’tits chefs
Camarade président du peuple impôt facture
Non me dis pas que ça va pour la sécu c’est sûr
Camarade président 5 millions de chômeurs
Camarade président, tu crois pas qu’il est l’heure
Camarade président, ouais camarade twitter
De changer quelque chose à la France qui meurt
Camarade président putain ça va péter
Camarade président ta bourse va cramer
Camarade président du démocrate progrès
Qui veut qu’on aille vote, sûr en bouchant son nez
Pour le prof tabassé, pour la pornocratie
Pour l’esclave salarié par la mort à crédit
Pour le peuple échoué sous les tentes à Paris
Pour l’accent circonflexe, les chapeaux sur les i
C’est la lutte et je crois, mes amis, mes frangins
Qu’il est l’heure de brandir le drapeau de l’humain
Qu’il est l’heure, cœur serré, de sauver la récolte
Qu’il est l’heure, poing levé, de sonner la révolte

Source : https://www.saezlive.net/songs/lyrics/2 ... -president
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luc
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Re: Camarade Président

Message par luc » 06 avr. 2020 09:50

Quand il dit :
luc a écrit :
06 avr. 2020 09:48
Si Paris sous les bombes a le sourire vermeille
J'y vois une référence à Paris Sous Les Bombes de NTM.
Je suis le seul à voir ça ?
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caféine
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Re: Camarade Président

Message par caféine » 10 avr. 2020 21:33

luc a écrit :
06 avr. 2020 09:50
Quand il dit :
luc a écrit :
06 avr. 2020 09:48
Si Paris sous les bombes a le sourire vermeille
J'y vois une référence à Paris Sous Les Bombes de NTM.
Je suis le seul à voir ça ?
Tu devrais mettre le lien, tu sais bien qu'on est une bande de feignants :D
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Tard dans le noir ou presque noir, le noir estima qu'il était tard et cessa de jouer

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Re: Camarade Président

Message par Ema » 13 avr. 2020 20:10

luc a écrit :
06 avr. 2020 09:50
Quand il dit :
luc a écrit :
06 avr. 2020 09:48
Si Paris sous les bombes a le sourire vermeille
J'y vois une référence à Paris Sous Les Bombes de NTM.
Je suis le seul à voir ça ?
Pour moi, malgré cette expression identique, ce sont bien deux thèmes différents qui sont abordés. Saez dresse un bilan sociétal, une lutte des classes avec cette expression redondante qui fait un peu penser au "camarade PDG" de Noirdez. NTM (on parle de la chanson, pas de l'album éponyme) a un côté 'bilan et perspectives' concernant l'évolution du rap, entre le rap sociétal (c'est là le point commun des deux textes) de NTM et nourri de leur vie de m. dans la cité et l'émergence (le disque sort en 95) d'un rap adoubé par les majors perdant de là sa crédibilité à exprimer la révolte sociale.
Donc je te laisse seul avec ta vision.

luc
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Re: Camarade Président

Message par luc » 13 avr. 2020 21:48

Pas sur que ça aille aussi loin.

Je pensais à une métonymie associant Paris sous les bombes à la banlieue.

S'il ne s'agit pas de cette référence, il signifie quoi ce vers ??
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Re: Camarade Président

Message par Ema » 15 avr. 2020 10:34

OK, je comprends mieux ta question.
Ce que je ne comprends pas c'est pourquoi tu bloques sur cette phrase ? C'est peut-être ça qu'il serait intéressant que tu questionnes. Si elle t'évoque un parallèle avec la banlieue, super ! Faut-il nécessairement trouver LA explication à chacun des vers du poète ? La poésie, c'est comme le jazz : c'est la liberté. Qu'est-ce que le poète a voulu dire ? J'en sais rien et globalement, je m'en fiche un peu. Parce que de toute façon, comme l'a dit Wittgenstein dans son indigeste mais essentiel tractatus logico-philosophicus, on n'est pas dans la tête des gens, donc on ne pourra jamais savoir quelle valeur ils prêtent aux mots qu'ils emploient, donc on ne peut pas se comprendre les uns les autres. Enfin, c'est mieux dit, mais l'idée est là.
Après, tu peux prendre chacun des mots de la phrase : bombes = obus (mais Paris n'a pas été bombardé) ou lacrymogène (Gilets Jaunes, toussa toussa), ou peinture (mai 68 ou street art),ou belles pépètes (médias bombardés de Nabilla en tous genres) ; vermeil = du faux or plaqué sur de l'argent, un rouge sensuel ou sanglant, la carte de papy-mamy ?
Mon point de vue est que ça perd quand même tout de suite de sa saveur. Et si l'art du poète consistait à nous laisser dans le trouble. A nous troubler donc ?

luc
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Re: Camarade Président

Message par luc » 15 avr. 2020 14:46

ça me semble important oui de se questionner sur le sens des mots.

On est, dans cette chanson, dans une adresse au président de la république, pas dans un cadavre exquis de Boris Vian.

Donc oui, les mots et leurs sens ont une importance et l'on peut, l'on doit, s'interroger dessus je crois.
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Re: Camarade Président

Message par Ema » 18 avr. 2020 14:56

« Ca me semble important oui de se questionner sur le sens des mots.
On est dans cette chanson dans une adresse au président de la république, pas dans un cadavre exquis de Boris Vian.
Donc oui, les mots et leurs sens ont une importance et l'on peut, l'on doit, s'interroger dessus je crois. »

Ta remarque est intéressante en ce sens qu'elle pointe ce que le lecteur/l'auditeur attend de la poésie. Depuis le lycée, on a l'habitude de se pencher sur les fameuses fonctions de la poésie, donc, en se positionnant du point de vue de l'auteur : pourquoi un individu écrit de la poésie.
http://aru.litterature.over-blog.net/ar ... 27912.html

Ici, tu pointes comment le lecteur/... reçoit la poésie. Lorsque tu rencontres des auteurs, beaucoup te disent qu'une fois éditée, leur production ne leur appartient plus vraiment. En gros : il y a bien eu une intention au départ mais les mots étant ce qu'ils sont, il y a toujours un delta entre le message que l'on pense envoyer et comment il est reçu. Donc, si l'auteur pense donner un sens particulier à un mot, le lecteur/ va nécessairement le recevoir autrement. Comme le dit Ludwig Wittgenstein dans sa préface : "Il se peut que ce livre ne soit compris que par celui qui aura lui-même déjà pensé les pensées qui y sont exprimées. »
Quand bien même Wiwitt avait une très haute considération pour lui-même (mais n'est-ce pas un prérequis pour philosopher, tant moralistes et philosophes semblent se vautrer dans la copulation incestueuse),il serait idiot de le renvoyer à la condition d'allumé du bocal à laquelle son prénom le condamne et ne pas prêter attention à son propos. Aussi, considérons la valeur du mot : dans une argumentation, le rédacteur a à cœur de choisir le mot le plus approprié à la situation. Si je veux défendre mon justiciable, j'ai intérêt à savoir différencier homicide, meurtre, assassinat. Mais le fait est le même : un homme est mort du fait d'un autre. Considérons la valeur de l'objet défini par les mots : j'ai une paire de gants. Ce fait se définit selon comment je l'ai acquise : offerte, achetée, échangée, trouvée, volée. Dans le dernier cas, la réalité est suspendue à la réclamation de son propriétaire, donc cette réalité n'existera plus à ce moment là (alors que les gants continueront à exister). Donc, un même objet pour des faits différents.

Les mots comportent tous une part « en creux ». Creux qui d'ailleurs s'élargit lorsqu'on passe d'une langue à une autre. Pourtant, quel que soit le pays, une paire de gants est une paire de gants. Ce sont ces "creux" qui permettent de faire cet exercice rigolo en fac de langues étrangères qui consiste à utiliser ces « creux » pour arriver, de creux en creux, c'est-à-dire d'approximation en approximation, à traduire chaud par froid, vie par mort, petit par gros, etc. Traduttore traditore. D'où l'importance d'une part de bien saisir l'intention de l'auteur et d'autre part, la sonorité des mots pour restituer au plus près le son de ce mot étranger.
https://www.cairn.info/revue-de-la-bibl ... age-40.htm

Pour en revenir au texte de Saez, il s'agit bien d'un texte poétique, donc la recherche d'une fusion entre des sens et des sons. Lapsus ou pas, tu conclues par « les mots et leurs sens ont une importance ». Leurs sens. Pluriel. Je suis d'accord.

Le sens de la quête d'un sens unique quant à une expression, d'autant plus poétique, reste donc en suspens.Que l'on veuille comprende le processus créatif d'un auteur que l'on aime, cela me paraît légitime. La création a toujours quelque chose de mystérieux : comment de rien, on fait quelque chose, c'est juste Whaou ! C'est le triomphe de l'esprit sur le néant, la magie de la main humaine sur la matière, la maîtrise de l'esprit et du corps pour une production biologiquement non vitale. C'est assez incroyable, quand on y réfléchit bien. Et vouloir atteindre une connivence avec l'artiste en détricotant son œuvre pour remonter à son intention, cela peut être très gratifiant intellectuellement.
Mais, comme tu le dis toi-même avec ce pluriel, et comme l'a démontré Wittgenstein, nulle vérité absolue ne peut émerger de cette démarche : « Je ne peux que nommer les objets. Ils sont représentés par des signes. Je ne peux que parler d'eux, je ne peux pas les énoncer. Une proposition ne peut que dire comment est disposée une chose, non ce qu'elle est. ».

Dnoc, tu vois dans cette phrase une référence à la banlieue ? Super ! Ta vérité est sûrement aussi juste qu'une autre. En ce qui me concerne, je navigue dans l'incertitude comme un poisson dans l'eau. Sûrement pour cela que je serais bien incapable de traduire de la poésie. Nos conceptions de la littérature divergent, c'est tout.

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caféine
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Re: Camarade Président

Message par caféine » 21 avr. 2020 15:13

Je ne fais que passer hein...
Pour dire que j'ai juste compris l'histoire du gant :D
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Tard dans le noir ou presque noir, le noir estima qu'il était tard et cessa de jouer

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