Bandes Dessinées

Modérateur : maître charpentier

liob3384
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Re: Bandes Dessinées

Message par liob3384 » 02 mai 2020 22:09

Salut Ema
Merci pour ce topic de BD. Je suis aussi un grand lecteur.
Pour faire suite à tes messages:
- Au niveau des nouveaux westerns pour compléter "jusqu'audernier" dans la même veine il y a la série Undertaker et la série Stern.
undertaker.jpg
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stern-dargaud-bd.jpg (18.1 Kio) Consulté 2844 fois
- Pour un Spirou différent, en plus des Emile Bravo mais il y a aussi "Il s'appelait Ptirou "
ptirou.jpg
Cette histoire raconte comment le dessinateur originel Robvel a eu l'idée d'inventer son personnage. Magnifique récit.

liob3384
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Re: Bandes Dessinées

Message par liob3384 » 02 mai 2020 22:11

Dans les nouveautés il y a La bombe
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Résumé : «Au début il n’y avait rien» mais l’uranium était déjà là. Attendant son heure pour «exploser» à la face du monde. Ceci est l’histoire du cheminement qui a amené à la première bombe atomique.
De 1933 à Berlin où le Dr Szilard fui le nazisme avec son intuition de pouvoir prouver la possibilité d’une réaction en chaine jusqu’au 6 aout 1945 à Hiroshima.

Avis : Cet ouvrage de plus de 450 pages se veut un témoignage à l’aube de célébrer les 75 ans de la bombe sur Hiroshima. L’initiateur de ce roman graphique Didier Alcante dans un témoignage fort en conclusion de l’ouvrage raconte comment il a eu depuis son enfance l’envie de savoir et transmettre le processus qui a amené ce désastre.
Tout part de la célèbre image de l’ombre sur les marches d’escalier. Ce bloc de pierre vu au musée mémorial de la ville l’a profondément marqué.
C’est en 2015 qu’il entraine avec lui Laurent-Frédéric Bollée et le dessinateur Denis Rodier sur ce projet.
Avec une exactitude chronologique et le véracité historique et scientifique nécessaire, les auteurs dans ce témoignage prenant et passionnant plonge le lecteur au coeur des décisions politiques, militaires et scientifiques de l’époque. Les savants les plus connus de cette période, Einstein, Oppenheimer, Fermi ainsi que le moins connu Szilar, pourtant initiateur du projet puis farouche opposant à une attaque, les présidents Roosevelt et Truman, et le général Groves, commandant des insatllations de Los Alamos où fut créé la bombe. Celui-ci, en vrai militaire, sans état d’ames n’a que l’objectif de réussir sa mission quelqu’en soit les moyens.
Et l’on découvre des histoires méconnus, des actes héroîques aux abominations réalisées aussi bien coté américain que japonais.
Les prises de conscience des scientifiques réalisant ce qu’ils vont accomplir si la bombe est mise en action.
Vous apprendrez tout sur les moments décisifs. Pourquoi avoir voulu créer une bombe alors que les USA n’était pas en guerre ? Pourquoi Hiroshima et y avait-il d’autres villes ciblées ?
Pourquoi la bataille du Pacifique alors que la guerre était fini depuis le 8 mai 1945 ?
Ce largage aurait-il pu être éviter ?

A l’heure de bientôt fêtér ce tragique anniversaire, voici un magnifique ouvrage historique et véridique certes volumineux mais très instructif et passionnant.
Une somme de connaissance très bien mise en scène par les scénaristes et magnifiquement mise en image.
Abolument indispensable.

Ema
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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 05 mai 2020 10:09

liob3384 a écrit :
02 mai 2020 22:09
- Pour un Spirou différent, en plus des Emile Bravo mais il y a aussi "Il s'appelait Ptirou "
ptirou.jpg
Cette histoire raconte comment le dessinateur originel Robvel a eu l'idée d'inventer son personnage. Magnifique récit.
Je suis d'accord, un magnifique récit. J'en avais parlé sur SL.

Restons dans l'enfance avec Le Perroquet de Espé (au coeur moins simple et d'autant plus énigmatique que celui de Félicité)
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Lorsque l'on a des prétentions littéraires sans en avoir le génie, il y a des récits que l'on achève en se disant : Voilà l'histoire que j'aurais voulue avoir le talent d'écrire. « Le perroquet » en est une.

L'histoire : Bastien a 8 ans et sa maman souffre de « troubles bipolaires à tendance schizophrénique". Ca, ce sont les mots des grands. Pour Bastien, sa maman est malade et elle doit souvent aller à l'hôpital. Elle en revient toute molle et avec plein de médicaments aux noms compliqués. Parfois, elle va bien. Elle nettoie fébrilement les coins de sa fenêtre au coton-tige ou elle propose à son fils d'aller ramasser ensemble des châtaignes. Alors Bastien engrange ces instants de douceur bien au fond de lui, juste à côté de la douleur que lui font ses hurlements de bête quand elle est en crise.
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Cette histoire est celle de l'auteur, Sébastien Pontet, alias Espé, plus connu pour le dessin de la série à succès « Chateaux Bordeaux ».
Le caractère non fictionnel d'une enfance en souffrance ne suffit pas à faire un bon récit. Les bibliothèques regorgent de témoignages de parcours chaotiques, certains éditeurs s'en sont même fait la spécialité. Certains de ces récits peuvent être touchants mais cela ne les propulse pas pour autant au rang d'oeuvre de littérature.
C'est le cas ici.
Sans doute parce que Espé évite tous les tire-larmes classiques du récit de l'enfance malheureuse. Pas de pathos, pas d'auto-analyse, pas d'infantilisme ni de maturité anticipé, pas de colère, pas de jugement, pas de message de résilience. Une vision à hauteur d'enfant autant que faire se peut lorsqu'un adulte raconte.

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Ses chapitres courts centrés sur des objets ou des instants riches de sens forment un kaléidoscope d'émotions dépourvu de continuité parce que la vie de Bastien en est dépourvu. Comme tout enfant, c'est son imaginaire qui va combler les vides et le protéger de la peur. Il sait bien que sa maman est une funambule de la vie qui va sombrer tôt ou tard et que des hommes vont emporter son corps hurlant jusqu'à l'hôpital peuplé de gens qui font peur. Mais si c'était autre chose ? Peut-être même qu'elle aurait reçu un traitement comme Wolverine et qu'en fait, elle serait devenue comme Jean Grey, dotée d'un pouvoir qui parfois lui fait tout exploser autour d'elle.

Le trait précis, volontairement naïf et truffé de références discrètes qui permettra aux quadra et plus d'entrer immédiatement en connexion avec l'enfance de Bastien, baigne dans des monochromies bleues, grises, vertes ou ocres qui laissent fuser des cases rouges entaillées de lacérations et de cris lors des passages à l'acte de la mère. Ces images, d'une violence inouïe de réalisme sont d'autant plus percutantes qu'elles peuvent surgir, comme ça, au détour d'un simple mot.

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Mais c'est surtout la retenue dont use Espé pour exprimer la nécessaire distanciation dans laquelle l'enfant s'est préservé qui est bouleversante jusqu'à la dernière page. Des non-dits sur une dévastation familiale qui ont touché le cercueil qui me fait office de cœur.

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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 06 mai 2020 11:35

Continuons dans l'enfance avec un duo mythique du comics, Neil Gaiman et Dave McKean (cette phrase contient un piège...)

"La comédie tragique ou la tragédie comique de Mr. Punch"
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L'une des couvertures (plusieurs éditions depuis la première de 1997)

Gaiman et McKean font partie de ces duos mythiques de la bande dessinée qui s'abreuvent à la source l'un de l'autre. Gaiman, c'est l'auteur de Coraline (oui, oui, le roman qui a donné le film que on croit toujours que c'est du Tim Burton). McKean, c'est le créateur tellement gentil de l'affiche du so hype Festival du court-métrage de Clermont Ferrand en 2004.
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Vous ne voyez pas ? Le festival international du court métrage... Non ?! Ah, bizarre. Pourtant on vient de partout pour Clermont. Bon, c'est aussi l'auteur du gros succès critique Cages dont les 500 pages essentiellement en bichromie n'ont rien à envier à la couverture mckeanesque à souhait, tant cet artiste est unanimement reconnu pour son art polymorphe mêlant parfois en une seule case, dessin, peinture, photographie, modelage, collés les uns dans les autres ou pas. Des tableaux à chaque fois.

Duo mythique car immédiatement reconnaissable. Ensemble, ils ont commis Violent Cases (87) puis Arkham Asylum (89) puis les Black Orchid (91).
Un jour, lassé de toutes ces histoires pour adultes avec des gens qui font des choses pas très joli-joli devant les yeux de petits enfants innocents, ils se disent : « Hey ! Si pour changer on écrivait des histoires d'enfants ? » Gaiman et McKean qui se lancent dans le Club des Cinq (référence de vieux) ou de la Cabane magique ? Ouh. Méfiance.

Les deux garçons ont commis trois œuvres magnifiques qui tiennent davantage du livre illustré que de la BD : « Mr Punch », en 97 puis « Le jour où j'ai échangé mon père contre deux poissons rouges » en 2000 et « Des loups dans les murs » en 2003.
Mais si ce sont bien des histoires d'enfants, ce ne sont pas tout à fait des histoires pour enfants, enfin pas que. Certes, en avançant en âge, les auteurs ont gagné en rondeur(s) ;) et les deux derniers (le jour où + des loups) offrent un niveau de lecture également accessible aux enfants (à condition d'être accompagnés car l'atmosphère peut être anxiogène, et la calligraphie du « le jour où » peut sembler un peu crado à un enfant)
Quant à Mr Punch, c'est un faux-jeton talentueux mais pas gentil du tout.

« Mr Punch », c'est l'histoire d'un jeune garçon envoyé chez ses grands parents dans une cité balnéaire anglaise hors saison quelques temps avant que sa maman accouche. Il entre dans un tout petit chapiteau désuet où l'on donne un spectacle de marionnettes. Mais si le Guignol et le Gendarme peuvent (éventuellement, pour ceux qui aiment) faire rire, les personnages proposés dans cette comédie tragique tiennent davantage de la tragédie. Mr Punch jette le bébé de Judy par la fenêtre, frappe Judy à mort, trompe le Diable, profite des naïfs, tout cela juste pour le plaisir d'être méchant. Cathartique ? Peut-être mais diablement malaisant.
C'est dans ce théâtre imaginaire que le garçon va découvrir la face cachée des adultes, dans une mise en abîme naviguant entre onirisme et trivialité, révélation qui va le marquer jusqu'à l'âge adulte. Joyeux, non?
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« Le jour où j'ai échangé mon père contre deux poissons rouges », tout est dans le titre. Testé et approuvé avec des enfants à partir de 4/5 ans si vous avez des talents de narrateur. Les plus grands en élémentaire adorent aussi. Passé le collège, n'allez pas leur donner trop d'idées pour se débarrasser de leur père.
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« Des loups dans les murs » vient du jeu de sonorités anglaises « the wolves in the walls ». Au début, la petite Lucie entend de drôles de bruits. Bien évidemment, comme dans tous les Gaiman, les adultes sont plutôt nuls et personne ne la croit. Jusqu'au jour où les loups, ouh, les loups sont à, désolée, jusqu'au jour où les loups sortent des murs et vont mettre le bazar dans la maison et surtout, surtout, abîmer le deuxième meilleur tuba du père. Et ça c'est pas sympa. Une histoire assez rigolote qui permet de se faire gentiment peur pour mieux apprivoiser la nuit, les bruits qui font peur et les monstres qui ont du sang sur les babines (pour de vrai, ici on n'élude pas, et c'est fichtrement efficace).
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Assez de parlote : les créations de McKean se suffisent à elles-mêmes. Faites-vous votre propre idée et allez les feuilleter ; en vrai, sur le papier, elles rendent beaucoup mieux que sur l'écran.

Ema
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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 09 mai 2020 20:35

La fille invisible, Emilie Villeneuve et Julie Rocheleau
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Bien avant l'acclamé et brillant « Betty Boob » suivant avec humour et douceur la reconstruction identitaire d'une femme ayant subi une mastectomie, Julie Rocheleau, cette fois accompagnée de la journaliste québecoise Emilie Villeneuve, s'était interessée à une problématique riche en préconçus : l'anorexie.

Cette jolie BD suit une année de la vie de Flavie. Flavie se trouve nulle, moche, pas intéressante. Elle décide que cette dernière année de lycée sera celle de sa mutation. Objectif : devenir l'une de ces filles à qui tout semble réussir. Elle vide le frigo familial de tout ce qui est trop gras, trop salé, trop sucré et le remplit de tout un tas de trucs bons pour la santé. Et ça marche. Elle commence à perdre du poids. Mais pourquoi s'arrêter au poids fixé au départ ? Elle peut sûrement en perdre encore un peu. Petit à petit, Flavie se fait piéger. Elle se dédouble et un combat à la vie à la mort fait rage dans sa tête :
« C'est comme s'il y avait deux Flavie. Il y a celle que je connais depuis longtemps et que je déteste, la fille invisible...et il y a aussi depuis quelque temps, la fille invincible, celle qui refuse de se laisser souiller par la nourriture et qui ne veut rien savoir d'une existence triste et ordinaire. »

Cette BD au dessin délicat joliment mis en couleur dans des demi-tons à travers lesquels la lumière se diffuse doucement en contre-jour est une porte d'entrée à tous ceux qui souhaitent comprendre un peu mieux les mécanismes de l'anorexie.

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Bien sûr focalisée sur Flavie, elle n'omet pas l'impact, de l'inquiétude à la détresse, des proches, parents et amis et propose des éclairages sur différentes expressions de cette maladie à travers les rencontres des autres patientes hospitalisées avec Flavie. Détricotant certaines idées reçues sur l'anorexie, elle offre un portrait juste et sans complaisance d'une adolescente qui « est loin d'être comme tout le monde et qui a essayé de le montrer à sa manière. » La fin un peu fleur bleue ravira ou agacera par sa simplicité, mais il en restera un joli livre pour ouvrir une discussion.

Ema
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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 11 mai 2020 19:56

Pour revoir son programme d'histoire du XXe siècle et mieux comprendre comment les petites gens, elles aussi, ont écrit des libertés qui sont grignotées sur l'autel de la sécurité, quand ce n'est pas celui de la productivité, deux séries : « Louis Ferchot » et « Louis La Guigne »

La série « Louis la Guigne » est sortie entre 1982 et 1997. Scénario : Jean-Paul Dethorey, Dessin : Frank Giroud
La série « Louis Ferchot », qui se penche sur les jeunes années du héros, a été publiée postérieurement, entre 1998 et 2005. Scénario : Dethorey et Giroud. Dessin : Courtois
On peut commencer par l'une ou l'autre voire, même si l'on perd en dramaturgie dans le parcours qui a transformé un jeune ouvrier soucieux de l'ordre en anarchiste au grand cœur, lire celui/ceux dont la période historique intéresse.

Le parti pris des auteurs : saisir cette période charnière du XXe siècle, entre 1910 et 1939, à travers le regard humaniste et révolté de Louis, qui, de simple ouvrier dans une usine automobile, va se trouver propulsé sur trois continents, au gré des évènements politiques et des luttes qu'il va mener seul ou au sein de diverses compagnies anarchistes, révolutionaires ou anti-fascistes contre un système tout entier tendu vers la guerre, ceux qui en tirent profit et la domination des plus faibles. Parce que les hommes font rarement preuve de créativité dans la résolution des problèmes, une série qui donne du grain à moudre à l'aube d'une attendue mais probablement bien fade ère post Covid.

Chronologiquement, les albums abordent les périodes et les thèmes suivants :
Louis Ferchot :
T1 : 1910 : L'économie de guerre se met en place tandis que les travailleurs luttent contre leurs conditions de travail. Le pot de fer contre le pot de terre.
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T2 : 1910 : L'espionnage en vue de réaliser les armes les plus létales s'accroît ; l'ennemi est partout et tout est bon pour le démasquer... ou en créer un qui soit vendable. L'art du mensonge d'état.
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T3 : 1911 : Des cohortes de jeunes gens sont préparés dans des casernes pour se battre contre un ennemi qu'on leur impose. La bêtise ordinaire du plus fort/gradé sur le plus faible.
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T4 : 1912 : Le jeune soldat est envoyé dans un petit poste militaire du Sénégal pour encadrer la population locale contrainte à construire une route pour les colons ; préjugés colonialistes quant aux populations autochtones vite déconstruits par notre héros.
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T5 et T6 : 1913 : Louis est envoyé à Madagascar et découvre les luttes indépendantistes, leur fragilité et leur utilisation par le pouvoir en place.
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T7 et T8 : décembre 1914 – avril 1915  : La mère de Louis n'a pas de nouvelles de son fils envoyé sur le front et elle part à sa recherche ; elle rencontre un homme qui a pris l'identité de son fils. Louis, retenu prisonnier, bénéficie d'un échange de prisonniers et est envoyé sur le champ combattre dans les Dardanelles. Traitement des déserteurs.
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Louis La Guigne :
Intégrale 1 – T1 à T5 – Tour d'Europe
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T1 : 1921 : Après le front et le bagne pour acte de désobéissance en Mer Noire, Louis revient à Paris. Il rencontre un groupe anarchiste tandis que des groupuscules nostalgiques d'un ordre militaire distille dans l'ombre leur poison idéologique.
T2 : 1922-1923 : Il ne fait plus aucun doute pour personne que les comptes de 1919 ne sont pas soldés ; la guerre est une évidence qu'il s'agit de préparer à commencer par le contrôle des espions étrangers.
T3 : 1923 : Louis traverse une Allemagne exsangue et humiliée jusqu'à un Berlin babylonesque comme un ultime pied de nez burlesque face aux montées militaristes xénophobes et liberticides poussant parmi les nostalgiques de la puissance militaire germanique
T4 : novembre 1923 : Premiers meetings antirépublicains de Munich ; comment des intérêts contradictoires ont fusionné pour former le terreau qui mènera au 3e Reich
T5 : 1924 : De Venise à Capri, Louis se trouve embarqué dans une tentative d'assassinat contre Mussolini

Intégrale 2 – T6 à T8 - Amérique
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T6 : 1924 : Louis fuit l'Europe et arrive dans un New York habité par les mafias de la prohibition et le racisme institué en un système qui ne dit pas son nom. Heureusement, il y a les boîtes de jazz.
T7 : 1925 : Après la prison de Sing-Sing à New York, Louis traverse l'Amérique des laissés pour compte, direction La Nouvelle Orléans.
T8 : 1930 : Peut-être le moins politique des albums. Essentiellement, une chasse à l'homme menée par un vieil ennemi de Louis.

Intégrale 3 – T9 à T13 – 36/39 en Espagne et Italie
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T9 : octobre 1936 : La France du Front Populaire ; en parallèle la mise en place d'organisations révolutionnaires à l'échelle internationale.
T10 : automne 1936 : Les échos de la Guerre d'Espagne du point de vue des provinces basques.
T11 : juillet 1937 : Louis est sur le terrain espagnol parmi les républicains contre Franco
T12 : printemps 1939 : Louis infiltre un « camp de regroupement » supposé « accueillir » 500 000 réfugiés espagnols chassés par Franco et que la France ne sait pas quoi faire pour ne pas se mettre les régimes fascistes à dos.
Mon préféré, tant il lève le voile sur un aspect de la guerre que les autorités d'après-guerre se sont très vite dépêché de faire tomber dans les oubliettes.
Préface des auteurs : « Cet album est dédié aux milliers d'internés qui ont souffert et péri dans les camps de concentration de Gurs, du Vernet, d'Argelès, Récébédou, Nexon, Saint-Cyprien et autres « centres d'hébergement » de sinistre mémoire. Il constitue notre hommage à ces femmes, à ces enfants, à ces vieillards et à ces hommes, victimes non pas de la « barbarie nazie » comme l'affirment -là où le temps et la honte n'ont pas gommé le souvenir- des plaques mensongères, mais bel et bien de l'infamie nationale. »
T13 : septembre 1939 : Louis a été chargé par les résistants espagnols de conduire un camion chargé d'or auprès des frères communistes. Mais la signature du pacte de non-agression avec les nazis alors qu'il se trouve en Italie, le gène aux entournures. Il planque le camion et va se mettre au vert en Sicile. Mais là aussi, entre la bêtise fasciste et l'appel de l'argent, tout s'achète. Et c'est sur la disparition de Louis en mer que s'achève cette épopée avec une conclusion pour le moins désabusée des auteurs : « De la rage éphémère et du fracas subit, il ne reste plus rien. »
Souhaitons qu'il n'en soit rien.

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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 14 mai 2020 12:42

Les souvenirs de Mamette – Nob - 3 tomes
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Avant d'être une série animée, « Les souvenirs de Mamette » sont une extension en 3 volumes de la série mère « Mamette ».
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Si dans la série mère, on s'intéresse avec humour et douceur aux aventures quotidiennes d'une mamie parisienne, cette série de 3 tomes se penche sur les jeunes années de la future Mamette, la petite Marinette.

Nous sommes dans les années 30. La maman de Marinette la confie pour une période indéterminée qui ressemble à un abandon, à ses grands parents, à la campagne. Dur pour la petite parisienne de s'acclimater à la rudesse paysanne. Entre les travaux à la ferme et les devoirs de l'école, elle n'a plus beaucoup de temps pour être une enfant.
Heureusement le jeune Jacques (prénom qui résonnera pour ceux qui ont lu les « Mamette ») lui fait découvrir les charmes de l'école buissonnière.

Nul besoin d'avoir lu les « Mamette » pour se délecter de cette jolie série dérivée, même si chaque volume se conclue par un épilogue mettant en scène la vieille Mamette. Le dessin de Nob est toujours aussi lumineux mais il a gagné en contraste, ce qui non seulement rend la lecture plus aisée mais permet également d'installer des climats plus sombres à la hauteur des colères et des angoisses de la jeune Marinette.

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Accessible à partir d'un CE1, cette mini-série ravira aussi les adultes. Les dialogues sont savoureux et tendrement irrévérencieux (ah, la vérité sort bien de la bouche des enfants). Les personnages sont suffisamment denses et complexes, grands et faibles à la fois, pour tenir en haleine et pour toucher. A commencer par le personnage principal, petit bout de femme libre qui doit composer avec un environnement rude et peu propice aux velléités individuelles. Finalement, il n'y a que des gentils sous leurs oripeaux rugueux. Le ton reste éminemment positif cependant et les aspérités des uns et des autres vont petit à petit être gommée grâce à la détermination solaire de Marinette.

Une jolie lecture douceur en attendant le tome 4 initialement prévu, avant les retards liés au confinement, en juillet prochain.

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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 23 mai 2020 16:05

Abdallahi, Christophe Dabitch et Jean-Denis Pendanx, 180 pages (intégrale de 2 volumes)
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Passée la déception de ne pas faire partie du prochain voyage saezien, retour au voyage immobile avec un album d'une beauté crue.

Basé sur une histoire vraie dont les détails ont été romancés, cette BD suit René Caillié, charentais et fils de bagnard, depuis son arrivée en 1824 sur les côtes du Sénégal. Empli de rêves de gloire, son objectif est d'être le premier blanc à atteindre la ville interdite de Tombouctou. Sans fortune ni ambition militaire, il décide d'entreprendre seul le périple. Sa stratégie : se fondre dans la masse. Il fait son apprentissage de l'Afrique en Mauritanie au sein des maures braknas. Il y apprend l'arabe, prend le nom d'Abdallahi, se convertit à l'Islam et s'invente une filiation égyptienne.
Après une nouvelle tentative infructueuse de financement auprès des autorités françaises, il part à pied accompagné de Arafanba, dont les motivations se précisent au long du voyage. Caillié va longer le Niger, découvrir la diversité des peuples de cette Afrique à l'heure où la colonisation européenne n'a pas encore suppléé à la domination des maures sur l'Afrique subsaharienne. Arrivé à Tombouctou, sa désillusion ne sera pas le dernier de ses désenvoûtements puisqu'il lui faudra encore traverser le Sahara au sein d'une caravane particulièrement hostile.

Les peintures en couleur directe de Pendanx restituent la beauté et la dureté vierge des paysages africains. Moiteur, sécheresse, rigueur du climat mais aussi exhubérance des couleurs et des lumières irradient les hommes et les femmes, les amenant à tous les excès, souvent cruels et parfois d'une humanité la plus pure. Les jours y sont écrasants et les nuits brillantes.

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La détermination de Caillié n'a pas de failles. Son rêve est à la hauteur des entraves qu'il rencontre et qu'il se crée parfois. Personnage ambigü, le rêve est le plus fort et il emploiera tous moyens utiles pour le réaliser. L'intérêt qu'il manifeste pour les peuples qu'il croise oscille souvent entre curiosité, respect et opportunisme. Peut-il en être autrement lorsque l'on voyage si fragile en terre hostile ? Sa relation avec Arafanba est bien complexe aussi. Qui se sert de l'autre ? De même, Caillié l'européen et Abdallahi le maure semblent souvent lutter pour définir le bien ou le mal d'une situation. Mais Abdallahi n'est pas Lawrence d'Arabie et ses rêves de conquête sont à l'échelle de la place qu'il a laissé dans l'histoire : personnels et apolitiques.

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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 26 mai 2020 12:36

Muriel et Boulon, 6 tomes, Benoît Ers et Vincent Dugomier
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On doit à ce duo, entre autres, deux jolies séries pour la jeunesse (mais pas que), plutôt couronnées de succès :
« Les démons d'Alexia », plutôt destiné aux ados, qui raconte les aventures d'une jeune exorciste – récit complet en 7 tomes
« Les enfants de la résistance », publication jeunesse mais qui permettra aussi aux adultes de revoir l'histoire de l'Occupation – 6 volumes qui peuplent bon nombre de CDI de collèges.

Avant cela, dans les années 90, ce duo avait réalisé « Muriel et Boulon » une série de 6 albums destinés à la jeunesse. Ils racontent les aventures de Muriel, enfant unique qui s'ennuie un peu dans l'arrière boutique de la librairie de sa maman, et pour laquelle son papa invente un robot en forme d'araignée géante gentille et facétieuse. La petite Muriel va vivre 6 aventures largement ancrées dans son quotidien que son compagnon mécanique, entre gaffes et coups d'éclats, saura réenchanter.

Cette BD s'inscrit dans la tradition des histoires mettant en scène un enfant et son animal fantastique : Gowap, Calvin et Hobbes entre autres (allez voir, si vous ne connaissez pas). Rien de neuf sous le soleil du Lombard donc, mais cette BD fait le taf. Les méchants sont caractérisés, les parents un peu dépassés par leur(s) création(s), les péripéties s'enchaînent et les gags tombent régulièrement, les héros tissent peu à peu un réseau d'amitiés qui leur permettent de résoudre les mystères qui leur tombent dessus ou qu'ils déclenchent par la maladresse et la naïveté de leur jeunesse.
Le dessin rond tout en aplats de couleurs primaires et tranchées, est tout aussi classique que son univers narratif mais, bien que tirant sa source des grands classiques que la BD franco-belge des années 60-70 sait rester moderne grâce au rythme du récit et aux nombreux personnages secondaires bien ancrés dans l'époque contenporaine.

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Une série pas prétentieuse d'aventures positives à (re-)considérer favorablement du point de vue d'un jeune lecteur.

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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 09 juin 2020 20:38

L'homme qui tua Chris Kyle, Fabien Nury et Brüno

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« Contrairement à ce que ta maman t'a dit, la violence règle bien des problèmes. »
Non, cette sentence ne sort pas de la bouche d'un Batman bien noir et sombre, mais c'est le slogan de la bien réelle société de sécurité de Chris Kyle.
Chris Kyle est ce soldat américain auréolé du titre de sniper le plus létal de l'armée américaine qui a donné lieu au film de Clint Eastwood « American Sniper » basé sur l'autobiographie dudit sniper. Film hagiographique d'un soldat ayant officiellement tué 160 ennemis....
En quittant l'armée, Chris Kyke n'a pas perdu le sens des affaires puisqu'après avoir bien vendu les droits de son autobiographie, il monte donc une société de sécurité tout en créant une fondation pour venir en aide aux anciens soldats d'Irak souffrant de stress post-traumatique. Sa méthode ? Les emmener sur un champ de tir pour les faire tirer avec des armes de guerre... Pourquoi pas...
Jusqu'au jour où l'un des bénéficiaires saisit l'arme qu'on lui a donnée et tue Chris Kyle.

Les armes qui tuent et qui soignent c'est un paradoxe pour un habitant du vieux continent. Pas pour l'américain blanc de classe et de ville moyennes que les auteurs décortiquent ici. Car pour cet américain là, l'arme tue les méchants et protège les gentils... Et tant pis si cela ressemble souvent à la loi du plus fort. Pays de cow boys ? Oui, toujours. Car ici, l'arme structure l'organisation sociale, focalise les rituels sociaux, garantit la liberté individuelle, émancipe la femme. Les armes à feu frappent-elles des milliers d'innocents ? Effets collatoraux, le prix à payer pour l'exercice du droit de protection.

Cette BD documentaire de 160 pages réalisée par les auteurs de Tyler Cross (chroniqué ici-même) est une plongée glaçante et indispensable pour qui veut comprendre cette Amérique blanche contemporaine, celle-là même qui a trouvé en Trump un porte-parole particulièrement efficace.
A la vision unilatérale proposée par les médias américains, à savoir comment une sous-merde qui ne mérite pas d'être nommée a tué le héros national, les auteurs ont choisi de mettre en balance les deux destins : le héros et l'assassin. Or, si c'est le bien le nom du héros national qui figure sur la couverture, le sujet du titre est bien celui de l'homme qui a tué. Mais tout du long du récit, ils creusent le sillon d'un combat inégal.
A ma droite, le combattant ultime, le surhomme à flingues, figure omniprésente de la culture américaine. Son combat : les valeurs de l'Amérique. Enfin comprenez, ses valeurs, celles qu'il met dans le mot Amérique.
A ma gauche : un pauvre type qui a cru en la fraternité militaire et en la grandeur de l'Amérique, et qui est tombé de haut. Il n'a même pas combattu, un planqué qui a vécu la guerre par procuration. Un loser.
Et voilà que ce moins que rien tue l'icône.

Pourquoi a-t-il tué ? Pour répondre à cette question, les auteurs détricotent les parcours de ces deux destins opposés, s'arrêtent sur les détails, les évènements du quotidien qui s'articulent pour former un engrenage fatal. Ce sont ces détails qui parlent le mieux de cette Amérique là.
Et dans l'Amérique du tout média, où tout se doit d'être transparent, propre et immédiatement accessible, ils sont nombreux, ces détails, jusqu'à former une fresque impressionniste, qui vaut bien des analyses universitaires.
Les auteurs montrent comment culture des armes et société américaine semblent indissociables et comment la mort du héros Kyle qui a une statue en soldat tout sauf inconnu dans sa ville d'Odessa (ça ne s'invente pas...) au Texas, permet à cette Amérique de se remettre debout, de resserrer les rangs autour de son droit à posséder des armes.
Dans sa vie comme dans sa mort le héros est aussi une formidable opportunité mercantile pour ses proches, ce que certains prendront pour un American Dream, sauf qu'il ne profite qu'à ceux qui cache sous cette expression qu'en Amérique encore plus qu'ailleurs, c'est toujours la loi du plus fort.
Peuple de cowboys.

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Comme pour Tyler Cross, une édition luxe en Noir et Blanc à 27€ disposant d'un dossier fort instructif est disponible. Perso, je trouve que ce noir et blanc tout en aplats et dépourvu d'ombre sied à merveille à cette Amérique dépourvue de subtilité, de finesse et d'humanité.
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