Bandes Dessinées

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Mélie
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Re: Bandes Dessinées

Message par Mélie » 01 avr. 2020 20:00

L'origine du monde - Liv Strömquist

Un essai sous forme de BD traitant de l'obsession de hommes pour le sexe féminin et les conséquences pour les femmes. Instructif et drôle !

Un extrait ici : https://my.pcloud.com/publink/show?code ... eRLYiayV4y
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On ne nait pas femme mais on en meurt.

Ema
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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 10 avr. 2020 11:08

Jusqu'au dernier – Jérôme Félix et Paul Gas
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Au titre, on se doute bien que ça va mal finir. Et de fait, ça finit mal. Pourtant, quel plaisir à le lire. Sadisme ? Non, pantoute. Car, même si, comme le disait le grand philosophe Ratigan « c'est si bon d'être méchant. », ce récit reste résolument du côté des gentils, et, non content de les plonger dans un western fin de siècle, il tient de la tragédie sur la condition humaine.

L'histoire : Fin de siècle pour les cow-boys. Le chemin de fer va pouvoir mener en grande quantité et à moindre coût le bétail des grandes plaines jusqu'aux lieux de consommation urbains, sifflant trois fois le glas d'un métier aussi précaire que grandiose. Russell, chef de convoi vacher au grand cœur, décide de tourner la page et d'acheter une ferme avec son associé Kirby. Las. La mort de son jeune protégé Bennett dont le corps sans vie a été retrouvé dans la petite ville de Sundance, Wyoming, promise à un grand essor économique avec l'arrivée du chemin de fer, va les entraîner dans une spirale dont aucun (mais de qui parle-t-on ?hé, hé....) ne sortira vivant .

Pourquoi c'est bien ?
Nul besoin d'aimer le western pour aimer cette histoire. D'accord, les codes y sont :cow-boys taiseux et virils (oui mais pas que non plus), petites pépés (oui mais un peu ravagées), propriétaires corrompus (oui mais les pauvres sont aussi nuls qu'eux), justice du colt et outlaws mercenaires (bon, là on est vraiment dans le western), et même la gentille institutrice qui non, ne va pas finir avec le héros. Et puis les paysages y sont, les vastes plaines, les gorges profonds, les forêts sombres et les villes de bois. Et des chevaux, des « paw », des feux de camp et du whisky. Tout quoi.

Pourtant, on n'est jamais dans l'overdose et c'est ce qui explique l'unanimité des critiques pour ce bel album de 70 pages.
Le dessin de Paul Gastine, classique sans être conventionnel, extrêmement lisible, rythmé davantage par ses découpages classieux que des effets graphiques peu compatibles avec des expressions à la limite du figé, confère à cette épopée le cadre universel de la tragédie humaine.
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Ce n'est plus un justicier solitaire contre un vilain shérif. C'est le vrai qui affronte le mensonge, la beauté du geste contre la rationalité, l'indépendance contre l'aliénation, la liberté contre la facilité, le temps d'avant contre le temps futur. Combat perdu d'avance donc, comme l'annonce le titre. Mais combat de choix. Que doit-on poser entre la plume et la page ? Quelle trace doit-on laisser ? Le joli épilogue nous donne des clés.

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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 13 avr. 2020 19:45

S'enfuir – Guy Delisle
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Christophe André part en mission humanitaire en Ingouchie, république autonome membre de la Fédération de Russie dont la Tchétchénie revendique partie du territoire. Il est enlevé. Il restera 4 mois dans une pièce vide menotté à un radiateur.
Guy Delisle « relate son histoire telle qu'il lui a racontée. »

Guy Delisle, à qui l'on doit les saisissants Shenzhen, Pyongyang, chroniques birmanes et de Jérusalem aime les petits détails qui disent beaucoup.
Dans ce pavé de 428 pages, il pousse son talent à l'extrême faisant d'une cellule vide un décor vibrant d'une routine quotidienne dont l'incertitude, l'attente et la mort sont les compagnes de l'otage.
Manger, dormir, se saisir des extractions de la cellule pour se laver, marcher, bref, maintenir vivant un corps qui ne vous appartient plus, c'est à ce rythme lancinant que Delisle répond par des cadrages ingénieux et la focalisation sur des détails et de menus objets du quotidien comme autant de repères dans une situation qui n'en n'a plus, octroyant à cet emprisonnement une dynamique inattendue. La jolie bichromie bleu-gris nuancée en une palette infinie de demi-tons retranscrit à merveille le peu de relief de cet univers carcéral.
Le rythme du récit colle au tourbillon de pensées de l'otage. C'est un homme ordinaire. Mais animé d'une force intérieure, la conviction « qu'il faudra bien un jour qu'il sorte d'ici ». Oh, ce n'est pas un héros, et cette conviction, il doit la travailler. Domestiquer ses pensées pour ne pas se laisser sombrer, trier entre les pensées envahissantes et celles qu'il peut maîtriser. Les organiser pour ne pas perdre le fil et maintenir un sens à sa situation.
Témoignage sur la capacité à survivre, évitant le larmoyant et l'apitoiement, ce récit d'un héros ordinaire se lit comme un livre à suspense.

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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 15 avr. 2020 10:18

Comme quand nous étions enfants, Jacopo Paliaga et French Carlomagno
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L'histoire : Pietro est producteur d'une série télévisée américaine dont Sophie, sa compagne est le personnage principal. Après plusieurs saisons de tournage, Sophie le quitte au profit de Greg, l'un des acteurs de la série. Pietro tombe de haut. Il part se ressourcer dans son pays natal au côté de sa sœur Becca et son compagnon Lucas. Un soir, il croise Alice dans un bar.

Pas prétentieuse pour un sou, voici une BD qui fait du bien. Digne héritière des comédies romantiques hollywoodiennes, elle sait également éviter la mièvrerie en focalisant uniquement sur le point de vue de Pietro et en donnant la part belle à la relation frère-soeur qui donne son sens au titre (fidèlement traduit de l'italien). Le scénario suit les hauts et bas d'un Pietro en reconstruction et évite l'écueil de la résilience romantique qui voudrait que « des terres brûlées donnent plus de blé qu'un meilleur avril. ». Pietro en chie, il souffre, il bloque, sa page d'écrivain reste résolument blanche jusqu'au jour où il suit un petit lapin blanc.

Le dessin très lumineux, trop saturé parfois (mais pourquoi ont-ils tous un coup de soleil sur le nez?!), s'inscrit dans cette lignée artistique qui fait du retour en Italie la condition du nouveau départ (Le voyage en Italie de Cosey, Eva dort de Francesca Melandri ou Genova de Michael Winterbottom, entre autres). Heureusement, la délicatesse d'un trait très anguleux supporte cette colorisation sans overdose et donne à ce récit modernité et vitalité.

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Une vraie feel-good BD.

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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 18 avr. 2020 14:28

Aldobrando – Luigi Critone et Gipi
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Avant de partir à un combat qu'il sait lui sera fatal, un père confie son jeune garçon à un vieux sorcier pour qu'il l'élève. Le garçon grandit refusant de sortir des quatre murs de la chaumière tant il craint ce qu'il pourrait trouver au dehors.
Au cours d'une expérience bien opportune, le vieil homme se blesse en se débattant avec un chat qui ne veut pas se laisser ébouillanter vivant. Seule l'herbe du loup, dont on ne sait trop où elle pousse, pourra le sauver. Le garçon est contraint à l'aventure. Et sitôt la nuit passée, le voilà mêlé à une tentative d'assassinat du fils du roi.

Conte initiatique dans la lignée d'un Chninkel ou d'un Quichotte adolescent, cette BD réussit ce tour de force qui consiste à plonger dans les états d'âme des personnages au rythme où ils plongent dans les emmerdes. Mais là où le petit tailleur avait à cœur de montrer sa vaillance, Aldobrando fuit la violence comme la peste. Ses combats, ce sont la vérité, la justice, le respect. Posant les questions qui dérangent, toisant les puissants par sa seule légitimité d'être ni plus ni moins qu'un homme, sa candeur sera sa force face à l'adversité.

Le magnifique dessin de Critone va à l'essentiel : les personnages caractéristiques du conte. Mais il leur donne une épaisseur rarement atteinte dans le genre. Tous sont complexes, animés par le bien et le mal en même temps, et selon les rencontres et les enjeux, violents ou sentimentaux, déterminés ou pusillanimes, pulsionnels ou stratèges.
Le trait tout en finesse fait de chaque visage une palette d'expressions et semble sonder ce qui anime réellement les personnages. L'atmosphère tout en lavis les baigne dans les clairs-obscurs des machinations de palais qui ne sont pas moins inquiétantes que les gargottes populaires ou un éden sclérosant.

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La narration est tellement efficace, que ce récit picaresque de 200 pages se lit d'une traite, avant d'y revenir encore et encore pour prendre le temps de suivre chacun des personnages dans sa lutte entre la médiocrité et l'élévation.

Succés mérité donc d'une histoire disponible en deux éditions : une en couleur à 23€ et l'autre à 39€ qui non content d'être un bel objet à la couverture toilée, met en valeur, par son grand format et un papier de très haute qualité, le dessin de Critone.
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Ema
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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 20 avr. 2020 17:19

Les Indes Fourbes, Alain Ayroles et Juanjo Guarnido
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Quand le scénariste de « De Cape et de Crocs » rencontre le dessinateur de « Blacksad », on se lèche les babines rien qu'en zyeutant la couverture. Ce n'est qu'un début.

Le début se passe pour de vrai, au 17e siècle. Francisco de Quevedo écrit « El Buscon ». Il « met en scène, avec un style outrancier mais raffiné, les cruelles et grotesques infortunes d'un truculent vaurien. » dit la préface. L'oeuvre s'achève avec le projet d'embarquer pour l'Amérique, mais l'auteur n'écrit pas cette suite. Ayroles et Guarnido le font, et c'est très très très jouissif.

« C'est ainsi que par un beau matin, le cœur tout gonflé d'espérance, j'embarquai pour le Nouveau Monde. » Don Pablos de Ségovie est un gueux qui cherche fortune. Rien de bien original jusque là. Faisant feu de tout bois, manipulant tout le monde, il attirent à lui autant de mauvais coups que de bonnes rencontres. Un Scapin, mais en mieux, le grotesque de situation en moins, les opportunités du nouveau monde en plus, et l'Eldorado pour horizon.

Mais les auteurs ne se contentent pas de faire de son périple une suite de mésaventures rocambolesques peuplées de trognes animées par des mobiles plus ou moins purs. Ca, ça existe déjà au kilo et c'est bien aussi.
Outre le sublissime dessin de Guarnido, ce récit se distingue par une structure narrative complexe mais extraordinairement fluide où le faux et le vrai se mêlent, où les auteurs prennent un plaisir malin à duper leurs lecteurs autant que Pablos manipule tous ceux-là qu'il touche. Flatterie, roublardise, pitié, promesses, l'audace de Pablos n'a pas de limite. Il défie même la torture, dans la mesure où cette épreuve lui rapportera au-delà de ses souffrances.
Tout cela est écrit dans une langue que le créateur du personnage n'aurait pas renié, avec juste ce qu'il faut de modernité en plus. Bien que le récit soit majoritairement écrit du point de vue de Don Pablos, cette langue présente suffisamment de distanciation, de sous-entendus et de non-dits pour que nous n'ayions pas accès à l'intégralité du plan de Don Pablos et soyions menés bien agréablement en bateau.

La magnificence du dessin et des couleurs de Guarnido offre une puissance d'évocation inouie et non redondante avec le texte, que ce soit dans les détails, tel cette simple vignette saisissant l'épuisement de la main du marcheur contre le heurtoir de la porte (p79), ou dans les panoramiques que les paysages andins offrent à foison. On baigne dans la beauté des décors alors que des horreurs s'y jouent.
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Du grand art, que l'on a à cœur de relire encore et encore pour savourer à chaque lecture un peu plus de ces fourberies fines, et qui explique que ce gros volume de 160 pages ait rencontré un tel succès malgré son prix de 35€.

Ema
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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 27 avr. 2020 19:15

Gaza 1956. En marge de l'histoire – Joe Sacco – 29 €
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Plus qu'auteur de BD, Joe Sacco est un reporter qui a choisi la BD pour média. Après « Palestine » et l'excellent « Gorazde », il publie en 2009 un gros pavé de 400 pages autour de deux massacres de masse tombés dans l'oubli, ayant eu lieu en 1956 à Khan Younis et Rafah, deux villes de la bande de Gaza.

Ce n'est pas un récit à proprement parlé où l'on aurait au début, les débuts des conflits, puis leurs étapes successives et à la fin, la fin. Joe Sacco met en scène sa démarche d'investigation pour tenter de tisser un récit, que nous n'aurons que de manière très ellusive et sans texte, dans les 4 dernières pages.
Ce pavé, passionnant mais un peu compliqué à lire par l'extrême rigueur dont fait preuve l'auteur pour donner autant de précisions que possibles, est exemplaire à deux titres.
Du point de vue historique, il permet, à partir d'un événement lié à la crise du canal de Suez en 1956, de comprendre (un peu mieux) la nature du conflit israélo-palestinien. Mais, Sacco y parle aussi de la vie des palestiniens actuellement (enfin il y a 10 ans, mais rien n'a changé depuis), et met en évidence que l'on ne peut juger du présent sans connaître le passé. A défaut de l'histoire.
D'un point de vue journalistique, il met en évidence la fragilité du témoignage humain et pourtant sa nécessité lorsqu'il s'agit d'écrire l'Histoire. L'Histoire s'écrirait-elle à partir de perceptions plus que de faits ? Ce serait trop simple de trancher, et Sacco creuse ce paradoxe sans y apporter de réponse.
Enfin, graphiquement, c'est pas joyeux-joyeux, mais comment cela pourrait-il être autrement ? Le dessin aux trames multiples a une dimension photographique qui restitue à la fois la complexité des témoins que croise Sacco et la distance qu'il maintient avec eux, les malmenants parfois pour obtenir l'information qu'il souhaite.
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Les noms, les faits, les cadavres s'accumulent dans un trop plein dépourvu de sentimentalité qui sied ô combien à une réalité qui en est également dépourvu.
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Gaza est un enfer à ciel ouvert, un confinement politique de cinquante ans, et Sacco montre. La mort, la pauvreté, la haine, l'absurde, la violence, l'arbitraire, la deshumanisation, la bêtise, l'animalité, la domination, l'instrumentalisation, la banalisation médiatique, et comment des générations continuent de pousser et tentent de vivre dans ce lisier.

La mise en route avec la première partie Khan Younis est un peu laborieuse, mais ne lâchez pas le morceau ! Ces 130 pages (sur 400!) vont peu à peu vous faire rentrer dans la narration de Joe Sacco et la deuxième partie Rafah se lit avec beaucoup plus d'aisance.
Est-ce une lecture plaisante ? Non. Est-ce une lecture utile ? Oh que oui. A lire jusqu'à la dernière page et ce remerciement pour « ma merveilleuse petite amie, Amalie, qui m'apprend chaque jour que la vie n'est pas faite seulement de mauvaises nouvelles et d'histoires affreuses ». Ici, sûrement.

Ema
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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 01 mai 2020 15:14

Monsieur Désire ? Hubert et Virginie Augustin
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Troisième opus sensuel pour le scénariste de Miss Pas Touche (ce polar, coquin-mutin-charmant se déroulant dans une maison close) et de Beauté (conte de fée malicieux où la pas très maligne et moche Morue est victime d'un charme qui la rend désirable par tous les hommes), tous les deux avec Kérascoët au dessin.
Cette fois (en 2016), c'est Virginie Augustin qui s'y colle et c'est très très réussi.

L'histoire :
Edouard est un jeune noble de l'Angleterre victorienne dont l'occupation principale consiste à détrousser à tout va. Prostitué, noble, violenté, docile, jeune, vieux, tout con est bon à prendre. Celui des garçons aussi lorsqu'il n'y a rien d'autre à se mettre sous la dent.
Un soir qu'il rentre particulièrement abîmé d'une bacchanale, c'est la toute nouvelle et particulièrement moche bonne Lisbeth qui prend soin de lui. Le lendemain, touché par la pureté de son regard qui a « l'infinie compassion du Christ pour la femme adultère », un peu destabilisé aussi, il décide la prendre pour confidente dans l'espoir de « la voir une fois, une seule, grimacer de dégoût ou se troubler. » « Mais c'est un lac aux eaux lisses dont [il] n'arrive pas à faire remonter la vague. Il y a forcément de la vase au fond. Nul ne peut être aussi pur. »
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Cette nouvelle fonction ne dispense pas la pauvre Lisbeth de sa charge de bonne et lui vaut mépris et méfiance des nobles et la haine des chiens de garde de la noblesse, ce petit peuple de parvenus qui a tout à perdre à ce que le peuple renverse l'ordre établi.

Deux individus de caste et de genre différents qui cohabitent, cela n'a rien d'original et débouche au mieux sur Jane Eyre, au pire sur son immonde adaptation en BD commise par Aline McKenna (Le diable s'habille en Prada) ayant dévoyé le talentueux dessinateur Ramon K Pérez dans une mièvrerie cucul la praline, sorte de Cinquante nuances de Grey, les scènes de c. en moins. Charlotte Brontë, écrivaine à minettes fantasmant sur Bruce Wayne, ouille, ça fait mal à ma conscience de femme. Economisez les 18€ de la BD et foncez sur le roman en poche pour 2€. Ne me remerciez pas.
Bref. Nous avons donc là un tableau très classique mais non, ça ne finit pas par un mariage où l'amour pour la beauté intérieure triomphe de l'adversité sociale. Et pourtant, malgré tout ou plutôt grâce à cela, ça finit bien.

Parce que cette rencontre est plus que celle de deux oppositions sociales. Il aurait été tellement simple d'opposer le profiteur et la victime, le dominant et la soumise. Sauf que nous avons là deux personnalités contraintes par la société. Pauvre gosse de riche ? Non, bien sûr, sa détresse évolue tout de même dans une demeure où on se plie en quatre pour le servir comme un coq en pâte.
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Mais Edouard a d'autres aspirations. Lesquelles ? Il ne sait pas trop ce qu'il désire en fait. Il a tâté de la poésie, mais sans grand talent. En dehors de ça, il prend conscience qu'il n'a d'autre fonction que reproduire la lignée paternelle, ce qui pour lui n'a pas le moindre sens, ni la moindre importance. Finalement, il ne s'y retrouve pas plus dans ce système patriarcal que sa mère avec laquelle il va se rapprocher après l'avoir méprisée comme on lui a appris qu'il devait le faire.
Quant à Lisbeth, son destin semble également tout tracé du fait de sa naissance en tant que femme et pauvre.
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Pourtant, elle accueille cette rencontre avec la prudence qui sied aux pauvres devant la toute puissance du riche.
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Et c'est cette prudence de tempérament qui va lui permette de prendre son envol et devenir une femme libre.

Cette BD touche sans artifice. La finesse du trait de Virginie y est pour beaucoup et révèle la fragilité des des personnages tandis que les lacérations encrées les plongent dans une atmosphère étouffante.
Un dossier sur l'ère victorienne vient compléter de façon didactique cette plongée dans l'étouffoir des conventions érigées en système. Loin d'être un gadget éditorial, il permet de recontextualiser l'histoire de Edouard et Lisbeth et d'appréhender leur lutte intérieure.
Un joli album à réserver à un public pas pudibond car certaines certaines érotiques sont suggérées avec la même complaisance qu'Edouard éprouve à les narrer à Lisbeth.

luc
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Re: Bandes Dessinées

Message par luc » 01 mai 2020 19:28

Je ne lis pas ce topic, mais je suis fasciné par la régularité des poste ainsi que leur longueur.

Merci @Ema :)

Question : Comment fait-tu pour lire autant de BD ? T'es libraire bédéiste ?
J'aimerai avoir tellement plus l'occasion d'en lire tellement plus.

J'utiliserai peut-être ce topic pour trouver de l'inspiration. Continue :)
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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 02 mai 2020 19:19

Merci Luc de tes encouragements à continuer. Le but est bien de donner des idées de lecture en dehors des nouveautés et/ou grosses machines éditoriales et/ou chouchous médiatiques, bien que je n'en fasse pas non plus un principe. Alors si cela t'inspire, c'est cool !
La longueur, c'est un peu ce contre quoi je lutte :D ; la régularité, c'est le confinement.
Enfin, non, je ne suis pas libraire bédéiste. Un jour, peut-être, sait-on jamais. Après, il faut être aimable avec le client qui ne trouve pas La fille de Vercingétorix dans l'étagère alors c'est pas gagné... :lol:

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