Bandes Dessinées

Modérateur : maître charpentier

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Ema
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Bandes Dessinées

Message par Ema » 23 déc. 2019 20:02

Le vagabond des étoiles, première partie, Riff Reb's, librement adapté de Jack London
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« Cher et heureux contribuable, n'imagine pas que ton argent sert à éduquer, soigner, réinsérer, ni même à donner un minimum de décence à la vie carcérale. Voilà comment est utilisée ta cotisation sociale. »

BD, littérature, prison. Drôle de trinité à la veille de Noël. Une signature en ce qui me concerne;)
On la doit à Riff Reb's (Le loup des mers) qui met à nouveau en scène un roman de Jack London.

L'histoire :
Darell Standing emporté par l'une de ses « colères rouges », tue un homme. Prison. Logique. Condamné à vie. Chacun voit. L'univers carcéral bute contre lui qui ne plie pas. Jusqu'à l'absurde. Logique finalement, lorsqu'on évolue dans un environnement sans le moindre sens (ni la moindre importance....). Piégé par un codét, il se retrouve au trou. Jusqu'à la fin de sa peine. Emmuré vivant donc.
Puisque la question du pourquoi tenir ne se pose pas à lui, il cherche comment tenir.
L'imaginaire, les voyages intérieurs l'exfiltrent de son caveau, jouant avec «les portes de la psychose, portes qui [sont] difficiles à refermer. ». Il vagabonde dans l'espace-temps selon une continuité que le lecteur est libre d'établir ou non selon qu'il considère ces rêves comme une constellation ou des objets célestes isolés, un peu comme l'humanité finalement.

Comme souvent chez Jack London (qui a connu la prison), le propos humaniste n'est pas loin. Ici, l'enfer carcéral est d'autant mieux rendu que son héros n'est pas fondamentalement sympathique. Ce n'est pas une victime, il a tué, et pourtant il en devient une par la grâce de la prison.

La puissance du trait d'un Riff Reb's qui a le chic pour poser ses tripes sur la table de dessin et la bichromie ponctuellement interrompue par une case rouge colère ou une planche aux tons passés, surranés, donnent une modernité à un récit universel.Image[/url]
L'encrage profond, maîtrisé, rend chaque personnage, jusqu'à la plus infime silhouette, partie prenante de l'histoire. Des destins qui se croisent, se heurtent, faisant de Darell Standing le dépositaire de ces « dix mille générations » qui continuent à construire son destin.
Pas de temps mort dans la narration, y compris lors des voyages oniriques, ce qui est tout de même une sacrée prouesse vue l'immobilisation contrainte du personnage. Pas de déprime non plus à l'horizon lorsque l'on ferme le livre, ce qui est là aussi, une belle prouesse pour un livre sur la prison en une veille de Noël.

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caféine
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Re: Bandes Dessinées

Message par caféine » 23 déc. 2019 22:15

Coucou Ema 8-)
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Tard dans le noir ou presque noir, le noir estima qu'il était tard et cessa de jouer

Ema
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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 26 déc. 2019 11:43

Vincent Fortemps – Cimes ; La digue ; Par les sillons

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Si une BD est une série de bandes dessinées, alors ces trois ouvrages sont indéniablement des BD. Pour le reste, Vincent Fortemps propose des histoires à construire avec le matériau intérieur du lecteur.
Des livres pour prendre le temps de se perdre, pour jeter ses états d'âme et attendre quel écho vont produire les cases suivantes. Du mouvement partout, tout le temps, qui sourde de paysages d'apparence monolithique. C'est puissant, envoûtant. On se laisse emporter ou on déteste. Pas de juste milieu.

On pourrait digresser, intellectualiser, projeter ce que l'on pense COMPRENDRE de l'oeuvre. Argh. J'en ai trouvé plein internet. Moi je ressens, c'est tout. Il y a de la vie, ll y a de la lutte, la féérie du banal, l'appel d'une transcendance, du voyage et de l'horizon, de l'ancrage et de l'arrachement. Mais le mieux, c'est encore de laisser l'artiste parler :

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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 28 déc. 2019 10:14

Emma G. Wildford, Zidrou et Edith
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Plus d'une année a passé depuis les dernières nouvelles de son fiancé, aventurier parti sur les traces d'une déesse nordique. Emma, jeune femme ivre de vivre loin des corsets victoriens qu'on lui impose, part à sa recherche. Bravant le veto familial et la défiance des savants, elle part avec un guide dans le grand nord pour un voyage au cours duquel chaque épreuve et chaque instant de bonheur vont la conforter dans son choix de vie.

C'est un joli portrait de femme qu'offre cette histoire. Poétesse-aventurière déterminée et sensible tout à la fois, Emma -quel joli prénom- est une femme libre. A l'image de la scène d'ouverture, elle se sent à l'étroit dans les contraintes imposées par une société patriarcale. Alors elle se déleste du superflu, va au bout de sa quête pour mieux renaître au « feu d'une femme ».

Le récit à la fois épique et délicat, à l'image des poèmes d'Emma judicieusement éparpillés au cours de l'album, est magnifiquement mis en images. Le trait fin d'Edith (adaptation des « Hauts de hurlevent », « Basile et Victoria », illustrations de « Princesse Zelina », etc) sait se parer de variations de styles ou de tons au gré des paysages ou situations émotionelles voire oniriques d'Emma. Il y a beaucoup de sensualité dans un dessin qui rend compte du regard d'Emma sur son environnement ; le résultat est que l'on a plaisir à s'arrêter avec elle sur un détail, une case, une planche, prolongeant ainsi la lecture au-delà du récit d'aventure.
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Qui plus est, c'est un bel objet qu'a fabriqué Soleil avec sa couverture dépliante et aimantée et son cahier délicieusement surrané (on passera sur les « gadgets » insérés dans l'histoire qui sont certes jolis mais n'apporte rien à l'histoire).
Un joli cadeau à offrir (22€) à celle ou celui que l'on aime sans le posséder tant on préfère sa liberté.

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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 29 déc. 2019 09:48

Snow blind, Ollie Masters et Tyler Jenkins
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« Comment réagiriez-vous si vous découvriez que vos parents ne sont pas ceux que vous pensiez ? La vie de Teddy, jeune lycéen grandissant dans une banlieue résidentielle en Alaska, bascule le jour où il poste innocemment une photo de son père sur les réseaux sociaux et découvre qu'il fait partie d'un programme de protection des témoins ! Un homme assoiffé de vengeance débarque alors en ville, en même temps qu'une cohorte d'agents du FBI... Et si les raisons qui ont poussé son père à entrer dans ce programme étaient moins innocentes qu'il ne le prétend ? » 4e de couv.

Un peu passée inaperçue au milieu des sorties de septembre, voici une BD noire qui remplit le job : vous faire fermer le livre en vous disant qu'on vous a bien mené par le bout du nez et que c'était fichtrement agréable. Alors vous voilà prêt à renquiller et repérer les dissonnances volontaires des auteurs qui vous auraient échappé. Et quand bien même il n'y en a pas beaucoup avouons-le, peu importe ! Articulée autour d'une série de mensonges que le fils de famille va détricoter, vous voilà pris à témoin de cette enquête très chandlerienne.
Le charme de l'histoire tient grandement au dessin paradoxalement lumineux de Tyler Jenkins.
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Evoluant dans des décors de neige sale, ses personnages aux traits acérés flottent dans des aquarelles qui les font marionnetttes d'un scenario qu'ils construisent au gré de leurs erreurs de jugement, jusqu'à une fin pas idiote du tout où se heurtent justice et morale.

Du classique donc, mais parfois, c'est aussi un compliment

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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 31 déc. 2019 14:30

Negalyod, Vincent Perrot, couleurs de Florence Breton, 208 pages
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Jeremiah Blueberry est dinoboy. Chevauchant son Stygo-jumper il va rejoindre les rebelles de l'une des cités obscures de Dune afin de mettre un terme à l'autocratie d'un réseau à l'origine de la perte de son troupeau. Mais on ne pénètre pas la matrice sans en être modifié.

Bon, dit comme ça, ce n'est pas engageant. Ca sent l'ultra référence et un peu l'entre-soi. Y'a même ptéro-gwaihir.e, pour le côté inclusif, et ça c'est trop classe de pas oublier qu'on vient tous d'une maman.
Le talent de dessinateur de Vincent Perrot (et les couleurs de Florence Breton), est de nous plonger dans un univers qui finalement est assez unique....
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....
mais qui laisse tant de questions en suspens qu'on aimerait bien des récits alternatifs, du genre 'Jarri dans la matrice', 'El gwaihir pasa', 'L'enfance de Jarri', ''Jarri et la corde magique' ou 'Le klang klang klang du nouveau monde'.
Mais c'est aussi ce qui peut être agaçant : pourquoi ouvrir autant de portes scénaristiques pour les précipiter vers une fin un peu bof-bof, salsa de métaphysique à deux balles et de gnan-gnan dégoûlinant ?
Bref, une histoire aux paysages à couper le souffle qui fait du bien pour attaquer l'année, à condition de NE SURTOUT PAS LIRE les pages 197 à 201 . J'ai essayé en 2e lecture, et je vous jure que c'est tout aussi cohérent!

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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 01 janv. 2020 12:21

Spirou, L'espoir malgré tout - Deuxième partie : un peu plus loin vers l'horreur ; Emile Bravo
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A l'occasion de la parution en octobre dernier du T2 de « L'espoir malgré tout », ci-dessous, la chronique réalisée sur SaezLive pour le T1 :

« - Le journal d'un ingénu (couleurs : Delphine Chedru et Rémi Chaurand)
- L'espoir malgré tout (couleurs : Fanny Benoit), première partie : un mauvais départ

Ce qui suit n'est absolument pas objectif. J'aime depuis longtemps le travail d'Emile Bravo. Voilà. Pourquoi ?
Parce que Jules. Image[/url]
Jules, ce héros ado intelligent et sensible qui vit des « épatantes aventures » et qui mène sa barque avec un regard lucide et poétique sur le monde qui l'entoure. Sans mièvrerie. Sans cynisme non plus. Sans cliché. Un humain d'abord.
Parce que « Ma maman est en Amérique elle a rencontré Buffalo Bill », aussi, ou quand l'enfance vit avec la mort.Image[/url]
Toujours avec humanité, dans ce duel impossible, à tout âge, entre rêverie vitale et lucidité qui l'est tout autant.

Alors Emile Bravo qui s'empare de Spirou, c'est une évidence.

Après « Le journal d'un ingénu », situé en 1939,.... Image[/url]
voilà qu'il réalise une suite « L'espoir malgré tout » dans un grand récit en 4 volumes, dont le premier «Un mauvais départ» se déroule en 1940.

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On retrouve l'intelligence d'un scénario doux-amer où les péripéties des personnages s'accompagnent d'une recherche documentaire pertinente faisant le lien avec l'époque contemporaine.
Il faudrait être aveugle en effet pour ne pas voir le propos défendu dans ce premier album, la montée de totalitarismes espérés par une classe sociale désespérée ne sachant à quel saint vouer sa misère. Mine de rien, Emile Bravo, par le biais de ces personnages le dit à qui veut l'entendre : ne nous trompons pas de cible. La paix n'est qu'une trêve entre deux conflits nourris par des divisions construites de toutes pièces (ah, les débats sur l'identité nationale!) afin d'exploiter les peuples au profit d'une petite poignée qui, quoi qu'il arrive, s'en sortira toujours.

Est-ce un Spirou qui fait rire ? Non. Pas plus que « le journal d'un ingénu ». Même les guignoleries assurées par le personnage de Fantasio sont sujettes à caution. Voletant de bord à bord, sans réflexion politique ni sociale, sans volonté de nuire pour autant, Fantasio est un personnage sans consistance individuelle ni conscience collective, et à ce titre, il est diablement efficace pour le propos, surfant sur les événements comme s'il ne faisait pas partie de la grande machine à laquelle il contribue sans le savoir.

Est-ce un Spirou que l'on a plaisir de lire ? Oui. La délicatesse du dessin d' Emile Bravo irradie dans ces deux albums. Lignes claires et dynamiques pour autant, décors « juste comme il faut » qui sont là pour contextualiser l'histoire, voire donner des indices au lecteur attentif quant à la suite probable des événements, couleurs simples mais à-propos mettant en valeur le dessin et la narration, expressivité des personnages adaptée aux situations, de grotesques lorsque cela s'impose dans le récit (personnages d'Entresol, nouveau directeur du journal, etc.), à infiniment subtile (jeux des mains de Spirou lorsqu'il n'est pas en position de parler,etc), découpage se pliant à la fluidité de l'histoire, tout est en place pour que l'histoire avance.
Quant au personnage de Spirou, il y a du Jules dedans. Clairement. Grand ado, jeune adulte (il travaille), il place l'histoire à hauteur d'enfants. Les nombreux enfants qui interviennent dans l'histoire permettent une lecture pas si ingénue que cela de cette période de l'histoire, tant les enfants font résonance avec les événements que mènent les adultes, sauf que les enfants ont le pouvoir de déshabiller les actions des adultes de leurs faux-semblants pour n'en garder que l’événement et ses conséquences immédiates.

Ces deux albums (et ceux qui vont suivre, n'en doutons pas), méritent-ils d'être lus ?
Oui. Définitivement.
Ce n'est néanmoins pas pour les plus jeunes, sauf s'ils ont l'habitude de lire et aiment lire, car les textes des bulles sont nombreux et il y a tout de même 86 planches (62 pour le Journal d'un ingénu) »
Fin de l'autocitation.


Concernant ce T2, je pourrais reprendre quasiment mot pour mot ce qui précède.
Toujours avec la même exigence, en raconteur d'histoires, Emile Bravo nous prend à témoin de l'Histoire en construction, celle d'hier et celle qu'il ressent actuellement. A l'image du théâtre de marionnettes de Spirou et Fantasio, le réel et l'imaginaire s'unissent dans un symbolique qui réussit le tour de force d'être intelligent sans prétention et de ce fait accessible à tous. Brillant.
Les personnages pourtant déjà bien fouillés gagnent encore en profondeur. Mention spéciale au personnage Fantasio, véritable héros de ce tome, qui trouve (enfin!) un auteur capable de le faire sortir de son rôle de faire-valoir comique, tout en préservant l'indispensable légèreté d'une histoire jeunesse.
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Avec ce T2, Emile Bravo confirme qu'il est en train de construire son grand œuvre. Ne passez pas à côté.

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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 02 janv. 2020 18:53

Luminary, T1 : Canicule – Luc Brunschwig, Stéphane Perger
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Hommage revendiqué à la série Photonik publiée au début des années 80, voilà une série pour amateurs de super-héros, mais pas que, qui fait plaisir à lire, avec ou sans les références.

L'histoire : Quel lien entre Billy Swan, jeune afro-américain du sud des Etats-Unis qui semble communiquer avec les animaux sauvages du cirque qui l'emploie et Darby McKinley, jeune bossu devenu être de lumière et d'énergie suite au traitement mystérieux pratiqué dans cette clinique spécialisée de New York ? Quelles ont été les motivations du Dr N.R.S.Henkel à l'origine de ce projet et quelles sont ses motivations actuelles à l'aider ?

En 5 chapitres nerveux, les auteurs créent un univers cohérent et suffisamment trouble pour ouvrir des portes derrière lesquelles on sent que l'on ne va pas s'ennuyer.
Evoluant dans un contexte politique qui au mieux les exploite, au pire les annihile, ces trois individus attachants, forts et faibles tout à la fois, qui n'ont en commun que la volonté de surmonter les torts qui leur sont faits, vont s'associer en un trio bien énigmatique lorsque l'on referme ce premier volume.
La tension qui les anime est magnifiquement rendue par le dessin réaliste volontairement malmené par des découpages hargneux ou fluides selon le besoin, et les couleurs directes jamais tout à fait nettes, toujours nimbées d'ombres grises ou blanches. Si, si, des ombres blanches. Lisez, vous comprendrez !
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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 03 janv. 2020 18:00

Mort et déterré – Jocelyn Boisvert et Pascal Colpron – T1 : Un cadavre en cavale
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Jocelyn Boisvert adapte son roman jeunesse pour la BD jeunesse et le résultat est tout à fait efficace. Il y introduit quelques modifications de scenario susceptibles de générer davantage d'épique pour une histoire en images s'intégrant parfaitement dans la grande famille Spirou.

L'histoire (de la BD, donc) : Yan est un ado de base. Mais un jour il s'interpose dans une rixe et prend un coup de couteau dans le ventre. Il meurt, est enterré.... mais « son cœur, au lieu de le laisser pourrir dans sa poitrine, on l'a confié à quelqu'un qui en avait besoin. ». Il n'est donc pas tout à fait mort. Pour passer le temps enfermé dans son caveau, il joue du clairon. Une année passe avant que son meilleur ami n'entende sa musique et décide de le déterrer.
En un an, les choses ont bien changé. Sa famille est dévastée par sa mort. Yan va entreprendre de remettre les choses en place. Mais comment faire quand, tout zombie gentil qu'on est, on n'en est pas moins un zombie effrayant et puant ?

Voilà un héros testé et approuvé par les collégiens et leurs aînés. Rien de macabre dedans. La vie déborde de partout. Yan est un héros dans la grande lignée des héros spirousiens, auquel il emprunte en les modernisant la mèche et la tenue rouge. Positivité, sensibilité, débrouillardise, c'est un garçon plein des ressources nécessaires pour affronter un monde qui ne veut pas de lui. Le récit est à son image : humour, tendresse, action se marient ou s'entrecroisent au gré des rencontres.
Le dessin efficace et dans l'air du temps avec ses couleurs sans surprise mais judicieuses, est doté d'une belle énergie qui rend cette histoire particulièrement fluide.
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Un tome 1 prometteur (qui n'empêche pas de découvrir le roman, vu les choix scenaristiques différents entre les deux supports).

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Re: Bandes Dessinées

Message par Ema » 25 janv. 2020 19:51

Michel Rabagliati, « Paul... »

Michel Rabagliati est l'heureux papa d'une série de romans gaphiques plus ou moins autobiographiques justement acclamée: les « Paul ».
Paul est l'alter ego de son auteur, un personnage tout en sensibilité qui parle autant de la vie que de la sienne. C'est sûrement pour cette dimension universelle qu'il nous touche autant depuis cette belle année 1999.
Dans un dessin en noir et blanc inspiré de la ligne claire dynamique de Franquin, Paul traverse la vie, témoin à fleur de peau des menus drames et grandes réjouissances de la vie, ou le contraire, selon ce que propose le balancier de la vie. Le ton est toujours extrêmement délicat et distille un regard tendre ou doux-amer non dénué d'humour et d'une auto-dérision jamais forcée.

La set-list commence donc par « PAUL A LA CAMPAGNE», petit recueil de deux histoires courtes : « Paul à la campagne » donc et « Paul apprenti typographe ».
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Ces deux histoires donnent le ton de l'oeuvre. Dans la première, Paul a la petite quarantaine et, accompagné de femme et enfant, part retrouver ses parents à la campagne. C'est l'occasion d'un va-et-vient entre ses souvenirs d'enfance et sa vie d'adulte. Cette structure présent/passé sera l'une des composantes récurentes de l'oeuvre, mettant en avant l'enchevêtrement des parts endogène et exogène des destins de lui, des autres, de nous.
La chronique intimiste et sociale à travers le prisme de Paul se poursuit dans la deuxième histoire du recueil, « Paul apprenti typographe » où un jeune Paul de 9 ans, commence à expérimenter, faire des choix. Douter, expérimenter, analyser, tester-tenter, questionner, vivre. Quotidien et expériences exceptionnelles sont traitées avec la même intensité grâce aux qualités intrinsèques du personnage et des autres caractères qui deviennent vite familiers et par la grâce d'un dessin extrêment expressif aux décors judicieusement travaillés mettant en valeur l'amour de l'auteur pour La Belle Province, décors sur lesquels on a plaisir à s'arrêter.

A partir de là, deux possibilités : poursuivre l'oeuvre en respectant l'ordre de parution ce qui permettra de constater l'évolution du dessin, la narration ayant peu changé depuis l'origine (ce serait dommage, tant elle est efficace!), soit suivre l'avancée en âge des personnages. Technique bien instable et futile tant les mouvements vers le passé réécrivent en l'enrichissant les (més-)aventures de Paul et des siens. Essayons quand même.

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Paru en 2011, PAUL AU PARC, s'intéresse au début des années 70.Paul a une petite dizaine d'année et en 150 pages, il va découvrir en même temps les scouts et l'appartenance à un groupe, le sentiment amoureux, l'intrusion du politique dans sa vie de petit garçon, la mort et la fatalité qui l'accompagne parfois, l'art et la BD en particulier. Ce volume inaugure les prologues en planche silencieuse qui donne la tonalité du livre.

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Paru en 2015, PAUL DANS LE NORD, voit l'émancipation d'un adolescent intemporel entre virées avec les potes avec petites et grandes conneries qui les accompagnent, petits boulots pour financer la moto, éveils des sens et amour transi, puis désespérance face à l'abandon, et finalement choix d'aller de l'avant.


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Retour en arrière graphiquement, PAUL A UN TRAVAIL D'ETE est paru en 2002. Le lire à ce stade là, permet de mesurer le travail impressionnant réalisé par le dessinateur. Le Paul-papa se rémémore sa première expérience d'animateur de camp d'été. Il découvre ce que signifie être responsable d'enfants, prélude à la relation qu'il aura avec sa fille.

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PAUL EN APPARTEMENT, paru en 2004, est dans la continuité du précédent.Il correspond aux années d'étude en graphisme de l'auteur et son installation avec la femme avec laquelle il vivra une relation de trente ans. Rabagliati confirme ici son fil rouge, à savoir que c'est du quotidien que surgit l'extraordinaire.

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Récit de 200 pages que l'auteur range parmi ceux qui ont été les plus douloureux à écrire, PAUL A LA PECHE, est paru en 2006 dans la continuité narrative du précédent.Désir d'enfant et responsabilités, premier bilan de vie professionnelle, désir d'un ailleurs et confrontation au réel, Rabagliati creuse profond jusqu'à la douleur des blessures intimes que l'on ne révèle qu'aux très intimes ou aux étrangers.

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Toujours dans la continuité, toujours dans le même format, PAUL A QUEBEC, paraît en 2009. Une réunion familiale donne prétexte à mesurer le chemin parcouru par les personnages. La petite famille s'installe. La vie suit son cours, rythmée par les menus emmerdements, petites déceptions et tentatives plus ou moins réussies de rebonds. La routine professionnelle s'installe et la sécurité avec elle. La beauté et la dureté du quotidien donc, jusque dans les pages consacrées à la mort programmée du beau-père, où le rire, le rêve, et la poésie illuminent ce qui aurait pu être plombant. La légèreté comme une nécessité.

Avant d'attaquer la nouveauté 2019, Paul à la maison, petit interlude.

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PAUL DANS LE METRO est un recueil paru en 2005 de toute petites histoires prépubliées dans différents magazines entre 1999 et 2004. Humour, auto-dérision, décalage voire surréalisme embaument ces histoires pêle-mêle qui forment un condensé d'une créativité à la fois à tout-va quant aux situations traitées et bigrement cohérentes quant au traitement qui leur est donné. Une bouffée de bonne humeur en moins de 100 pages.

Retour à la nouveauté 2019 : PAUL A LA MAISON.

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Sûrement l'album le plus mélancolique de tous. Bilan de la cinquantaine oblige. Faut dire que la zone de turbulence est chargée : séparation de sa compagne depuis 30 ans, maladie et mort de sa mère, départ de son enfant de l'autre côté du monde. En plus elle est devenue vegan ! La maison est bien grande, vide. Un peu inutile donc laissée à l'abandon. Un peu comme sa piscine qu'il s'escrime à tenir à flots. Un peu comme lui donc.
Paul fait le deuil de sa mère comme il fait le deuil de son mariage. Mais qu'en est-il de sa relation avec son enfant ? Ce départ est-il une séparation ? Jusqu'à quel point y perd-il ? De désillusions en petites victoires quotidiennes, Paul est paumé mais avance. A petits pas, mais il avance. Et les seconds rôles, comme autant de cailloux dans sa chaussures, apportent un contrepoint décalé et plein d'humour qui donne un récit où là encore, la légèreté le dispute à la mélancolie.
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Voilà ! Si votre libraire ou votre médiathèque n'a pas l'un de ces titres en stock, montrez-leur tout ce qu'ils perdent !
Et pour finir de vous convaincre que Michel Rabagliati est un conteur en images de grande classe, plongez-vous dans PAUL A MONTREAL.
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Cet art-book paru en 2017 regroupe les reproductions des 12 tableaux dessinés représentant douze moments de l'histoire de Montréal, tableaux disséminés dans un parcours urbain à la demande de la ville pour son 375e anniversaire.
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